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L’Incroyable histoire de Don the Beachcomber : de Hollywood aux lagons de Moorea

Date de publication : 22/01/2026

L’Incroyable histoire de Don the Beachcomber : de Hollywood aux lagons de Moorea

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Date de publication : 22/01/2026

Quand on évoque Don the Beachcomber (1907–1989), on pense immédiatement aux chemises à fleurs et aux cocktails Zombie ou Mai Tai. C’est vrai, Ernest Gantt (devenu légalement Donn Beach) est le père fondateur de la culture « Tiki » qui a déferlé sur l’Amérique.

Mais pour nous, ici au Fenua, l’histoire est différente. Ce n’est pas seulement l’histoire d’un barman, c’est celle d’un inventeur et d’un amoureux de l’océan qui a fini sa vie à Moorea avec un projet fou : réinventer l’hôtellerie sur l’eau.

Aujourd’hui, grâce à des archives rares de 1976, je vous emmène à la découverte de son rêve ultime : le « Fare Flottant ».

1929-1933 : la naissance du mythe

Tout commence par un voyage. Né à la Nouvelle-Orléans, Ernest Gantt effectue sa première visite à Tahiti dès 1929 alors qu’il est en route vers Hawaï sur un bateau de croisière. Il tombe amoureux de « tout ce qui touche au Pacifique ».

Il rentre aux États-Unis avec une idée fixe : recréer cette ambiance.

Le premier « Tiki Bar » au monde (Los Angeles)

En 1933, alors que la Prohibition prend fin, il ouvre un minuscule bar à Hollywood (McCadden Place) qu’il baptise simplement « Don the Beachcomber ». Il décore l’endroit avec des souvenirs de ses voyages : vieux filets de pêche, bois flotté et lances polynésiennes.

Alors que le tout-Hollywood ne jure que par le champagne, Donn propose une évasion totale avec ses « Rhum Rhapsodies », des cocktails complexes conçus pour faire oublier le stress urbain. Le succès est fulgurant et finance son retour vers le « vrai » paradis.

🔗 Pour les curieux d’histoire :

De la Nouvelle-Orléans aux lagons du sud

L’histoire d’amour entre Donn et le Pacifique ne date pas d’hier. Né à la Nouvelle-Orléans, il fait sa première visite à Tahiti dès 1929 lors d’un voyage en bateau, avant même la fin de la prohibition aux États-Unis.

Après avoir fait fortune à Hollywood et Waikiki avec son célèbre International Market Place, il décide de revenir aux sources. Il ne veut plus de décors en carton-pâte. Il veut le vrai Pacifique.

Comme il le confiait au Honolulu Star-Bulletin : « C’est mon petit monde d’évasion… Un endroit où l’on veut être seul ou juste avec des amis ».

Le projet « Marama » : un chef-d’œuvre d’architecture navale

C’est là que l’histoire devient fascinante pour les amateurs d’architecture et de navigation. Donn Beach ne voulait pas construire un hôtel sur la plage. Il a collaboré avec Herb Kane, célèbre artiste et vice-président de la Polynesian Voyaging Society (ceux-là mêmes qui ont relancé la navigation traditionnelle avec la pirogue Hōkūleʻa), pour concevoir un bateau unique.

Ce bateau, souvent appelé le Marama, était un prototype de « Fare Tahitien » flottant :

  • Dimensions : Un catamaran de 42 pieds (environ 13 mètres) offrant une surface habitable de 74 m² (800 sq ft).

  • Design : Il ressemblait à une hutte traditionnelle avec un toit de chaume, mais avec tout le confort moderne : cuisine équipée, salle de bain complète et moquette mur à mur.

  • L’innovation majeure : Au centre du salon, une table à fond de verre avec un plateau amovible permettait aux invités de voir et toucher l’eau du lagon sans quitter leur canapé.

💡 Pour les passionnés d’histoire navale : Vous pouvez voir des photos rares de ce houseboat et de sa construction sur le site spécialisé Don Beachcomber’s Marama History.

Une philosophie visionnaire : « inverser la vue »

Pourquoi vivre sur l’eau ? Dans son interview de 1976, Donn Beach théorise ce qui deviendra plus tard le succès des bungalows sur pilotis (bien que son concept à lui fût mobile).

Son idée était simple mais géniale :

« Visualisez-vous sur un lagon… Au lieu de regarder depuis une chambre d’hôtel sur une île vers la mer, la situation est inversée. »

Il voulait que les visiteurs puissent admirer « une plage bordée de palmiers, du sable blanc sous des montagnes vertes imposantes » depuis l’océan, en étant totalement isolés à 200 ou 300 mètres du rivage.

Son plan initial était ambitieux : remorquer ce prototype jusqu’à Tahiti et créer une flotte de 50 fares flottants ancrés dans les lagons de Moorea et Bora Bora.

Article de Susan Yim, Rédactrice au Star-Bulletin Honolulu, Lundi 2 août 1976
Article de Susan Yim, Rédactrice au Star-Bulletin Honolulu, Lundi 2 août 1976
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Par Susan Yim, Rédactrice au Star-Bulletin

Honolulu, Lundi 2 août 1976

📸 LÉGENDES DES PHOTOS (Colonne de droite)

  • Haut gauche : Donn Beach et son fare tahitien.

  • Haut droite : La salle de bain dispose d’une douche, d’une commode, d’un lavabo et d’un miroir sur toute la longueur du comptoir de cinq pieds (1,5m). — Photos par Warren R. Roll.

  • Milieu droite : La cuisine a été conçue pour une utilisation maximale de l’espace et est parfaite pour recevoir. Des bouteilles de vin et des verres à vin, ainsi que des casseroles et des poêles, sont rangés dans des racks au plafond.

  • Bas droite : Dans la pièce principale du fare, il y a deux lits qui servent de canapés, une table à fond de verre au milieu de la pièce avec un dessus amovible pour que les invités puissent toucher la surface de l’eau, tandis que les alizés traversent les fenêtres ouvertes qui bordent la cabine. Des lampes en coquillages servent d’éléments décoratifs dans tout le bateau.


📝 CORPS DE L’ARTICLE (Traduction)

[Colonne 1 & 2]

Pour Donn Beach, recevoir des amis ou des connaissances d’affaires pour des cocktails ou un déjeuner sur la terrasse (lanai), c’est du passé.

Beach, mieux connu dans le Pacifique sous le nom de Don the Beachcomber, préfère emmener ses invités sur la mer. Il invite ses hôtes dans son Fare Tahitien (prononcé fa-ray), un bateau qui ressemble à une hutte en toit de chaume posée sur un catamaran.

Mais la ressemblance avec une cabane rudimentaire s’arrête à l’extérieur.

Le fare, amarré à Keehi Lagoon, a la taille d’un studio standard, environ 800 pieds carrés (env. 74 m²), 42 pieds de long (13m). Il y a de la moquette mur à mur, deux lits qui servent de canapés, une table à fond de verre au milieu de la pièce avec un plateau amovible pour que les invités puissent toucher la surface de l’eau tandis que les alizés passent par les fenêtres ouvertes qui bordent la cabine.

Il y a une cuisine avec une gazinière, un petit réfrigérateur, un évier et un plan de travail, un placard et une salle de bain avec douche, commode, lavabo et miroir sur toute la longueur.

Partout, on retrouve la saveur des mers du Sud et un artisanat raffiné — papier peint, coquillages capiz des Philippines, plafond en lauhala tressé, rideaux en tissu pareu (paréo), boiseries en acajou et teck, et partout, des coquillages utilisés comme lampes et pièces décoratives.

Pour Beach, le fare est la maison de jeu ultime.

« Mon petit monde d’évasion », dit-il en sirotant un verre de vin dans la cabine principale. « Un endroit où l’on veut être seul ou juste avec des amis. »

Vêtu de sa tenue kaki — chemise style safari et short — sandales et chaussettes hautes, Beach à la moustache ressemble à un gentleman anglais tout à fait convenable vivant sous un climat tropical. Il a même un son un peu continental.

[Colonne 3]

MAIS EN RÉALITÉ, l’entrepreneur de restaurant est né à la Nouvelle-Orléans et est allé à l’école en Jamaïque. Dans le processus, il a réussi à apprendre ce qu’étaient la bonne cuisine et le bon vin.

En 1929, Beach fit sa première visite à Hawaii en route pour Tahiti sur un bateau de croisière et tomba amoureux de tout ce qui touchait au Pacifique.

Il revint ici en 1946 pour affaires et ne repartit jamais, s’établissant à Waikiki, créant des restaurants qui servaient son idée de la cuisine polynésienne, concoctant des boissons au rhum comme le fameux Mai Tai pour les visiteurs.

Il semble donc tout à fait naturel pour Beach qu’après 30 ans, il se soit construit un bateau pour s’amuser qui ressemble à une cabane en herbe.

IL A STOCKÉ la cuisine avec du vin, et trois jours par semaine, il a des associés d’affaires qui descendent au Keehi Lagoon pour un déjeuner de loisir.

Il y a quelques semaines, il a organisé un cocktail et fait tenir 20 amis sur le bateau.

Beach a eu l’inspiration pour le fare lors de vacances particulièrement agréables aux Îles Cook, dans le Pacifique Sud. Il se détendait sur un bateau au large d’Aitutaki, une île « qui est le dernier morceau de paradis sur terre », profitant de la vue sur les montagnes et la plage.

Il est rentré chez lui à Hawaii, et autour d’une bouteille de Jack Daniels, il a réfléchi à sa vision d’un bateau de rêve avec Herb Kane, vice-président de la Polynesian Voyaging Society.

« ÇA A COMMENCÉ avec Kane dessinant un croquis, plutôt comme un gribouillage », se souvient Beach. Plus tard, à une date plus sobre, Beach et Kane se sont assis et ont sérieusement planifié le navire.

Beach a rassemblé des matériaux du Pacifique et d’Asie : coquillages capiz, teck et acajou des Philippines ; bambou de Corée ; lauhala et tissu pareu de Tahiti ; rotin de Malaisie et coquillages des mers du Sud.

Il a fallu sept mois pour construire le bateau ici, puis Beach a pris le relais pour décorer l’intérieur. Depuis son achèvement, il reçoit, passant parfois même la nuit à bord.

[Colonne 4 – Le lien crucial avec Tahiti !]

Finalement, Beach dit qu’il fera remorquer le fare jusqu’à Tahiti comme prototype pour plus de 50 fares qui seront ancrés dans les lagons à quelques centaines de mètres des îles de Moorea et Bora Bora en tant que complexe hôtelier flottant de luxe.

Il voit le complexe comme la réponse romantique pour les couples qui veulent s’évader de tout et sont prêts à payer 100 $à 150$ par jour pour une chambre d’hôtel flottante et de l’intimité.

Beach s’est penché en arrière dans sa chaise en rotin, a bu plus de vin et a dépeint une image idyllique.

« VISUALISEZ-VOUS sur un lagon. Un bateau à quatre passagers vous a emmené à votre fare privé. Au lieu de regarder depuis une chambre d’hôtel sur une île vers la mer, la situation est inversée. »

« Depuis le fare, il y a une vue magnifique sur une plage bordée de palmiers, du sable blanc sous des montagnes vertes imposantes et des pentes couvertes de fleurs colorées. »

« Il y a une installation à terre avec un restaurant et un bar plutôt rustiques. Et pour ceux qui veulent rester dans leurs fares, des filles viennent chaque matin en pareus dans des bateaux avec du poisson frais, des fruits et des fleurs. »

Beach, rattrapé par son fantasme, a été ramené à la réalité du Keehi Lagoon par le rugissement d’un jet décollant de l’aéroport d’Honolulu tout proche.

Il a fait un geste vers l’avion passant au-dessus, a bu son vin, allumé un cigare et a conclu : « Je pense que ne serait-ce pas idéal d’être assis à 200 ou 300 mètres au large, de voir une île, une plage, des montagnes et de se sentir complètement isolé ? »

Une vie de « Gentleman des Tropiques » à Moorea

Si la flotte de 50 bateaux ne s’est jamais matérialisée à cette échelle industrielle, Donn Beach a bel et bien vécu son rêve. Il a apporté son prototype en Polynésie française.

Il vivait à bord, naviguant dans la baie de Cook et d’Opunohu. Il avait décoré son intérieur avec des matériaux sourcés dans tout le Pacifique : du tissu Pareu de Tahiti, du Lauhala tressé pour les plafonds, de l’acajou des Philippines et du bambou de Corée.

Il recevait ses amis et « associés d’affaires » pour des déjeuners mémorables, vêtu de son éternel costume de safari kaki, cultivant son image de gentleman explorateur jusqu’à la fin de sa vie.

Houseboat Marama de Don the Beachcomber sur le lagon de Moorea avec toiture en pandanus.
Houseboat Marama de Don the Beachcomber sur le lagon de Moorea avec toiture en pandanus.

L’héritage aujourd’hui

Ernest Gantt est décédé en 1989 et repose au National Memorial Cemetery of the Pacific à Honolulu, mais son esprit flotte toujours sur nos eaux.

Aujourd’hui, quand vous voyez les catamarans de plaisance mouiller dans le lagon de Moorea, ou quand vous séjournez dans une structure sur l’eau, vous vivez un peu de cette vision qu’il a eue avant tout le monde : celle d’une vie tournée vers la beauté de l’île vue depuis la mer.

Envie d’en savoir plus sur la culture Tiki ? Ne manquez pas de visiter les lieux qui perpétuent cette esthétique, ou plongez-vous dans les ouvrages de référence sur la Culture Tiki.

La bibliothèque du Tiki : les ouvrages de référence

Si l’histoire de Don the Beachcomber vous a fasciné, voici les livres incontournables (la plupart en anglais, langue d’origine du mouvement) pour approfondir le sujet :

1. La bible historique : « Sippin’ Safari »

  • Auteur : Jeff « Beachbum » Berry

  • Pourquoi le lire : C’est LE livre de référence sur Don the Beachcomber. L’auteur a passé des années à retrouver les anciens barmans de Donn pour reconstituer l’histoire et décoder les recettes secrètes (qui étaient codées pour ne pas être volées !). Il contient des photos d’archives inédites et la biographie la plus complète d’Ernest Gantt.

  • 👉 Lien référence : Sippin’ Safari – 10th Anniversary Edition

2. La bible visuelle : « The Book of Tiki »

  • Auteur : Sven Kirsten

  • Pourquoi le lire : Sven Kirsten est l’archéologue urbain qui a redécouvert la culture Tiki dans les années 90. Ce livre est un chef-d’œuvre visuel qui compile menus, cartes postales, et photos d’architecture (y compris du Tahara’a et des projets de Donn). C’est le livre qui a relancé la mode mondiale.

  • 👉 Lien référence : Taschen – The Book of Tiki

3. L’authenticité culinaire : « Hawaii Tropical Rum Drinks & Cuisine »

  • Auteurs : Don the Beachcomber & Phoebe Beach

  • Pourquoi le lire : Pour cuisiner comme sur le bateau Marama ! Ce livre (souvent réédité) compile les recettes classiques du maître. Phoebe Beach, sa femme qui vivait avec lui sur le houseboat à Moorea (visible sur nos photos d’archives), a grandement contribué à préserver cet héritage culinaire.

  • 👉 Disponibilité : Souvent trouvable en occasion ou réédition sur Amazon.

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Rédaction : Ruben CHANG

À propos de l’auteur
Ruben Chang est passionné par sa terre natale, son fenua, les sons et les histoires qui le font vibrer. Créateur de tahiti-agenda.com en 2007 et développeur front-end pour l’agence REDSOYU, il explore au quotidien les cultures, les technologies et les récits qui relient les îles.