Manuel Aie et Tauhere Sandford font partie de ces figures qui font vibrer le ‘ori tahiti bien au-delà de la scène. Tauhere, professeure et cheffe de troupe à l’école Atororai, transmet bien plus que des pas : elle enseigne une manière de porter la culture, de comprendre ce que raconte chaque geste, et de faire grandir une nouvelle génération de danseurs. Face à elle, Manuel Aie, originaire de Rurutu, incarne l’excellence et l’émotion du Heiva : double Meilleure danseuse en 2024 et 2025, elle impressionne par sa précision, son énergie et cette intention rare — celle de donner, de partager, de raconter.
Ensemble, elles représentent deux facettes complémentaires du ‘ori tahiti : la transmission et la performance, l’école et la scène, le travail patient et l’instant magique du spectacle. À travers leurs parcours, une chose devient évidente : la danse tahitienne n’est pas seulement un art à admirer, c’est une culture vivante, un héritage qui se transmet, se travaille et se ressent — au rythme des tambours, et au cœur du fenua.
Tauhere Sandford : Cheffe de troupe, entre excellence et transmission

Tauhere Sandford fait partie de ces figures essentielles du ‘ori Tahiti, celles qui font vivre la danse par la transmission. Son histoire commence à Moorea, chez ses grands-parents, dans un quotidien simple et profondément mā’ohi, où la danse était naturelle, instinctive, presque une manière de vivre. Son parcours se construit ensuite à l’école Aratoa auprès de Kehaulani Changuy, où elle apprend, évolue, puis enseigne à son tour. Après un gala, une évidence s’impose : transmettre, et un jour ouvrir sa propre école.
Pour elle, la danse est l’image la plus visible de la culture tahitienne, mais la culture polynésienne est un tifaifai : un patchwork dont le reo tahiti est le socle, et la danse une pièce parmi d’autres. C’est cette vision globale qu’elle inculque à ses élèves : apprendre les pas, mais aussi comprendre ce qu’ils portent et racontent. C’est ainsi qu’elle repère Manuel Aie pour la première fois, au fond d’une salle, en paréo vert, marquée par son aura, sa précision et sa persévérance. La voir appelée une deuxième fois sur la scène de To’atā devient alors un moment de fierté, symbole d’un travail construit dans l’ombre autant que sous les projecteurs.
Manuel Aie : la puissance d’une danseuse, l’âme d’une île, et la transmission avec le sourire !

Originaire de Rurutu, aux îles Australes, Manuel Aie s’est imposée comme l’une des figures marquantes du Heiva i Tahiti. Double lauréate du titre de Meilleure danseuse en 2024 et 2025, elle incarne une génération profondément enracinée dans la tradition, tout en étant résolument ouverte sur le monde. À seulement 21 ans, elle a déjà porté le ‘ori Tahiti au-delà du Pacifique, notamment au Japon, à travers des workshops et des échanges culturels qui participent au rayonnement international de la danse polynésienne.
Son histoire débute loin des grandes scènes, à Rurutu, au cœur du cadre familial. Les premiers gestes, les premiers rythmes et les valeurs essentielles ont été transmis à la maison, par une grand-mère portant le même nom, Aie, et par sa sœur Miti. Cette transmission intime a façonné une danse à la fois ancrée et sincère. Ce n’est qu’en 2023, en arrivant à Tahiti, que Manuel Aie intègre sa première école de danse : celle de Tauhere. Un tournant qui ouvre la voie aux grandes compétitions et à l’exigence du niveau Heiva.
Ce qui distingue son style ne se résume pas à la technique. Une intention traverse sa danse : le partage. Donner de l’énergie, offrir quelque chose au public, transmettre une émotion. Cette dimension apparaît particulièrement dans l’aparima, où la douceur des gestes et la narration deviennent langage. À l’approche de la scène, une présence accompagne toujours cette danseuse : celle de sa grand-mère. Lors de la saison 2024, l’annonce de son nom sur la scène de To’atā a été un moment chargé d’émotion et d’honneur, rappelant que derrière chaque performance, il existe une filiation et une mémoire vivante.
L’un des défis majeurs d’un tel parcours reste la répétition, l’entraînement, la rigueur. Après une première victoire, il a fallu redoubler d’efforts pour aller chercher le titre une seconde fois, avec encore plus de pression, plus d’attentes, plus de travail. Sur Tahiti, l’un des premiers grands souvenirs de scène — en dehors de Rurutu, où existe aussi un Heiva — remonte au Ura Tapairu, avec le groupe Hei Rurutu. Cette première expérience a été vécue comme une véritable explosion de joie, renforcée par la fierté de danser avec son île.
Aujourd’hui, l’enseignement ouvre une nouvelle dimension à son parcours : transmettre à son tour fait découvrir une autre facette du ‘ori Tahiti. L’essentiel devient d’abord d’apprendre aux élèves à s’amuser, à s’aimer et à aimer la danse. Et dans ce chemin, la reconnaissance envers Tauhere Sandford reste forte, pour tout ce qu’elle apporte et a permis de construire.
Enfin, même lorsque la danse voyage loin, Rurutu reste présente. Un détail symbolise ce lien : le Tāmau Tahito, danse ancienne et authentique souvent intégrée dans les solos de Meilleure danseuse. Un pas qui fait surgir le sourire, une énergie particulière, une signature. À travers Manuel Aie, c’est toute la continuité du ‘ori Tahiti qui s’exprime : une tradition vivante, transmise, travaillée, réinventée — et portée au-delà des lagons.
À propos de l’auteure
Brune Vazquez, directrice artistique et rédactrice pour l’agence REDSOYU.

